Les enceintes à vitrifications : réflexions et propositions à partir des données connues du site du Puy de Gaudy (Guéret, Creuse).

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Les enceintes à vitrifications : réflexions et propositions à partir des données connues du site du Puy de Gaudy (Guéret, Creuse).

Editions le Geai des Chênes juin 2014, 32 pages A4.

 

 

 

Au 19 éme siècle un certain nombre  de structures comprenant des parties vitrifiées attirèrent l’attention des historiens et archéologues. Ces constructions, le plus souvent sous forme de murs d’enceintes, furent attribuées aux peuplades Celtes et datées de l’âge du fer (Hallstatt et Tène, soit 800 à 200 BC). On en répertoria ainsi en France, particulièrement en Ecosse, puis  en d’autres régions colonisées par ces peuples.

 

Depuis cette période, on en a recensé un peu partout en Europe de l’ouest ainsi qu’en Europe centrale, on parle aujourd’hui de plusieurs centaines de sites.

 

Le travail de Jean Dominique Vernioles (Les sites vitrifiés de France, inventaire et mode de réalisation, thèse soutenue le 28 novembre 2013, Université Paris I)  en liste une quarantaine. Le plus souvent ces sites représentent les murs de confinement de site apparentés à des oppidums, disons plus sous  formes de levées défensives. Il est rare de trouver des structures continues où l’on peut  reconnaître des blocs soudés par du verre, le plus souvent on distingue au sein de ces levées (en moyenne de deux à quatre mètres de hauteur sur 6 à 8 mètres de base faites d’un entassement de roches et de terre), des ilots de matières vitrifiées. Ces zones peuvent atteindre quelques mètres cubes, elles sont souvent accompagnées de roches rubéfiées (effet de la chaleur sur l’expression des oxydes de fer), parfois de véritables cavités avec des voutes de matière vitreuse.

 

Le site de Sainte Suzanne en Mayenne est un des plus beaux exemples de blocs liés par un verre bleu verdâtre, ceci  est dû au fait que les blocs sont en grès, roche très riche en silice  qui ne peut être fondue qu’au-dessus de 1600°C, alors que le verre intersticiel a été produit par des roches apparentées à du granite dont le point de fusion est voisin de 1200/1250°C.

 

 

L’échantillon métrique exposé au musée de Guéret illustre, à l’inverse, particulièrement bien la fusion partielle éparse de granite sous forme d’ilots, il provient d’un des plus grands murs d’enceinte vitrifiée de France : le Puy de Gaudy. Ce site est installé dans une région géologique essentiellement granitique. Sur ce bloc on distingue des morceaux de granite macroscopiquement intacts, entourés d’autres déliquescents où l’on distingue encore un fantôme de structure, l’ensemble étant lié par une substance vitreuse noirâtre et bullée.

 

De nombreux auteurs se sont essayés à expliquer, voire à reproduire des scénarios de combustion ayant pu produire une telle vitrification. De nos jours la théorie des murs gaulois incendiés dominent encore. Ces murs étaient fait d’un empilement de poutres croisées rempli de caillasses et /ou de terre ; les archéologues en ont déduit qu’il suffisait d’incendier la structure en bois pour produire un tel résultat.

 

J’explique dans ce document comment cela est quasiment impossible, en effet le problème n’est pas le nombre de calories nécessaire pour atteindre la température de vitrification, mais d’en produire un grand nombre par unité de temps ! Autrement dit, il s’agit avant tout d’une disposition particulière de ces foyers pour assurer un tirage suffisant : on peut voir sur des maisons incendiées que les poutres brûlées au sein même des murs n’ont jamais conduit à la vitrification de ces derniers !

 

Le document détaille l’approche de la fusion des roches du Puy de Gaudy, en expliquant par une approche pétrographique comment la fusion ou la cristallisation travaillent en séquence. Il synthétise aussi un certain nombre d’analyses connues de verres de ces structures et les positionne dans un schéma cohérent. Enfin des scénarios de réalisation sont abordés, des calculs thermiques…

 

Au-delà de cette tentative d’explication du phénomène de fusion de ces roches, il restera à clarifier le grand débat du « pourquoi ». Si l’on élimine l’hypothèse des murs incendiés, il  reste au moins deux hypothèses: l’objectif de solidifier ces constructions défensives – peu probable vu le résultat qui est parfois inverse avec les désordres créés sur leurs structures ; des raisons plus liées à la spiritualité : célébrations ? Incinérations ? Le rapprochement avec les tumulus à incinération pourrait ainsi être fait !

 

  • Posted by Bernard
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